Prêts pour le grand saut : passer du concept à l’action sur le terrain !
Par Charles Boelen, président honoraire
Que nos systèmes de santé éprouvent des difficultés à remplir leurs missions à la hauteur des attentes des citoyens et des enjeux de nos sociétés en profonde mutation est devenu un lieu commun. Les exigences sont connues : meilleur accès aux soins, prise en charge personnalisée, coordination entre niveaux de soins, action sur les déterminants de santé et de bien-être, … Et les injonctions s’entendent de partout : « refondons le système, repensons le rôle de chacun, inventons de nouveaux métiers, soyons socialement responsables, réformons, réformons … «
Le concept de responsabilité sociale (RS), d’abord évoqué par l’OMS dès 1995 en direction des facultés de médecine, est appelé à s’appliquer à toute partie prenante du système de santé : politique, administrative, académique, professionnelle, citoyenne, pour se questionner sur les nécessaires adaptations pour être en phase avec les besoins de la société et avoir le courage de les entreprendre.
Où en sommes-nous ? Risquons un parallèle avec la modification du climat à l’échelle planétaire : chacun – à peu près chacun – est conscient que la situation se dégrade et même que l’on se rapproche dangereusement d’un point de non-retour, au-delà duquel les transformations à faire nous échapperont et seront conditionnées par des forces extérieures. Et pourtant, l’action coordonnée et irréversible se fait attendre ! On connaît cette sentence : « Il y a le feu dans la maison et on regarde ailleurs ! ».
Nous n’en sommes pas encore là ! Car la responsabilité sociale en santé se manifeste ici et là : des aptitudes nouvelles du médecin socialement responsable se définissent, des formations innovantes se mettent en place, des normes d’accréditation se révisent, des universités s’engagent dans actions intersectorielles. Néanmoins, comme on pouvait s’y attendre, les bonnes idées n’induisent pas automatiquement la concrétisation de réformes institutionnelles. Les trois composantes de la RS (décrites dans le schéma 3-4-5) : *agir comme partie d’un système plus étendu que notre domaine d’élection, *servir des valeurs de justice sociale et d’efficience, *travailler en partenariat avec d’autres influenceurs de santé, ne pourront être satisfaites par un acteur de santé isolé. On n’est pas socialement responsable dans son coin !
Osons initier un mouvement et convainquons différents acteurs de santé de notre entourage à un projet de territoire ! Un projet où chacun, à l’aide de ses talents et ses moyens, contribuerait à atteindre l’un ou l’autre objectif prioritaire de santé dans un territoire, c’est-à-dire, un espace assez circonscrit pour bien connaître son profil démographique, épidémiologique et socio-économique et pour mesurer des résultats. C’est un grand saut de recherche-action pour appliquer le concept de RS dans la réalité du terrain en documentant et évaluant méthodiquement les progrès respectifs et collectifs pour améliorer la santé de la population du territoire. De plus, le pouvoir politique qui aurait donné son appui à cette expérimentation limitée, devrait être réceptif à l’idée de l’étendre à d’autres territoires.
Un feu de forêt commence souvent avec une première brindille enflammée !

