RESPONSABILITÉ SOCIALE DE L’UNIVERSITÉ BURKINABÉ : Le plan  » 1000 x 5″ soumis au prisme du pentagone.

15 septembre 2026

 

Par Adama SANOU

Professeur titulaire de chirurgie générale (CAMES)

Université Joseph Ki-Zerbo

Membre du comité Directeur du RIFRESS

 

INTRODUCTION

Adopté à l’automne 2025, le Plan 1000×5 vise à former 5 000 spécialistes de santé en cinq ans pour répondre au déficit de ressources humaines du Burkina Faso. Le pays compte en effet environ un médecin pour 15 350 habitants, tandis que les professionnels de santé demeurent fortement concentrés dans la région du Centre. Mais derrière ce chiffre se cache une interrogation plus large : quelle part revient spécifiquement à l’université, et non seulement à l’État, dans la réponse aux besoins sanitaires de la population ? La responsabilité sociale de l’Université ne se réduit pas à la délivrance de diplômes ; elle engage tout autant sa recherche et ses services.

 

LE PENTAGONE, UN OUTIL D’ANALYSE

Pour en rendre compte, le Réseau international francophone pour la responsabilité sociale en santé (RIFRESS) met à disposition un modèle éclairant, conçu par Charles Boelen : le pentagone du partenariat en responsabilité sociale. Ce schéma articule cinq acteurs, décideurs politiques, gestionnaires d’établissements de santé, professionnels de santé, communautés et institutions de formation.

Il montre que cette responsabilité se construit dans la qualité des liens entre eux, plutôt que dans l’action isolée de l’un d’entre eux. Appliquée au Plan 1000×5, cette grille permet de distinguer les avancées réelles de ce qui reste encore à construire.

 

DÉCIDEURS ET GESTIONNAIRES : LE MOTEUR VISIBLE DE LA RÉFORME

Ce sont d’abord ces deux pointes qui portent les avancées les plus tangibles. En novembre 2025, l’État a ouvert un concours de recrutement de 208 assistants hospitalo-universitaires, marquant une étape importante dans le renforcement de l’encadrement des étudiants et des médecins en spécialisation. Ce processus s’inscrit dans une dynamique plus large, avec un objectif annoncé de recrutement, à terme, de 500 enseignants-chercheurs hospitalo-universitaires. Cette politique de renforcement des ressources humaines s’accompagne d’une extension progressive du maillage hospitalo-universitaire. Le recrutement d’assistants concerne également les centres hospitaliers régionaux (CHR), appelés à évoluer vers le statut de CHR universitaires. Parallèlement, la construction de neuf CHU répondant aux normes internationales ainsi que de nouveaux amphithéâtres est envisagée afin d’accroître les capacités de formation et de prise en charge.

La réforme concerne également l’organisation de la formation spécialisée. Désormais, l’Examen classant national encadre l’accès aux différentes spécialités médicales. Dans le même élan, le nouveau Diplôme d’études spécialisées en médecine de famille et communautaire a accueilli sa première promotion, composée d’environ 300 médecins.

 

PROFESSIONNELS ET COMMUNAUTÉS : LE POINT LE PLUS FRAGILE

C’est précisément ici que le pentagone montre tout son intérêt critique : augmenter le nombre de diplômés ne suffit pas, en soi, à mieux répartir les compétences sur le territoire. Le maintien durable des spécialistes dans les zones les moins pourvues dépend de facteurs que la seule formation ne peut résoudre : incitations financières, logement, sécurité, perspectives de carrière. Il suppose donc un dialogue explicite entre gestionnaires, décideurs et communautés concernées, dont les attentes demeurent peu exprimées dans le débat public actuel. Faute d’une telle articulation, les nouveaux spécialistes risquent de reproduire la concentration déjà constatée dans la région du Centre.

 

L’UNIVERSITÉ : UNE POINTE QUI LUI REVIENT EN PROPRE

Le Plan 1000×5 est le plus souvent présenté comme une politique d’État. Pourtant, l’université y occupe une pointe qui lui est propre, distincte de celle des décideurs : faire évoluer ses pratiques pédagogiques (simulation, numérique, intelligence artificielle), mais également orienter sa recherche vers les priorités sanitaires du pays et développer des services rendus directement aux communautés, par exemple via les CHR universitaires. Un programme de recherche portant sur les déterminants de la fixation des spécialistes en zone rurale, couplé à des stages longs dans les CHR, donnerait un contenu concret à cette pointe. C’est sur ces deux volets, recherche et services, que l’apport universitaire demeure le moins visible et mériterait d’être renforcé dans les prochaines phases du plan.

 

CONCLUSION

La réussite du Plan 1000×5 ne se jugera pas au seul nombre de spécialistes diplômés, mais à la cohérence bâtie entre les cinq pointes du pentagone. Pour l’université, l’enjeu consiste à former davantage, à former mieux, et surtout à former en dialogue constant avec les décideurs, les gestionnaires, les professionnels et les communautés qu’elle sert, condition d’une responsabilité sociale pleinement assumée.

Sources

  1. Agence Afrique, « Le gouvernement adopte le Plan 1000×5 de développement des ressources humaines en santé », 2025.
  2. Sidwaya / allAfrica, « Mise en œuvre du Plan 1000×5 : le gouvernement lance le recrutement de 208 enseignants hospitalo-universitaires », 18 novembre 2025.
  3. Faso7, « Les enjeux de l’Examen classant national (ECN) dans le système de santé », novembre 2025.
  4. Ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique du Burkina Faso, communiqué sur le DES de médecine de la Famille et de Santé communautaire.
  5. Boelen C., « Le pentagone du partenariat en responsabilité sociale », Réseau international francophone pour la responsabilité sociale en santé (RIFRESS), Université de Montréal.
  6. Organisation mondiale de la Santé (OMS), seuil critique de densité de personnel de santé (médecins, infirmiers, sages-femmes) fixé à 2,3 pour 1 000 habitants comme minimum pour l’accès aux soins de santé primaires ; repris in Atlas socio-économique mondial / IndexMundi, « Densité médicale, comparaison de pays ».
  7. Van Dormael M., Dugas S., Kone Y., Coulibaly S., Sy M., Marchal B., Desplats D., « Appropriate training and retention of community doctors in rural areas: a case study from Mali », Human Resources for Health, 2008, 6:25.
  8. Odhiambo J., Cyamatare Rwabukwisi F., Rusangwa C., Rusanganwa V., Hirschhorn L. R., Nahimana E., Ngamije P., Hedt-Gauthier B. L., « Health worker attrition at a rural district hospital in Rwanda: a need for improved placement and retention strategies », Pan African Medical Journal, 2017, 27:168.
  9. Revue de presse Santé Tropicale / APIDPM, « Les structures de Santé manquent de personnel : pourtant 200 médecins, 2 500 sages-femmes et 3 mille infirmiers chôment », citant Pr Jean Charles Moreau, Cea-Samef, Université Cheikh Anta Diop, Dakar.